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Entrevue avec le maire de Québec, Bruno Marchand : Entre optimisme et pragmatisme, un maire qui voit grand pour sa ville

Le rédacteur en chef du magazine Espace Québec, Stéphane Dion, s’est entretenu en mai dernier avec le maire de Québec, Bruno Marchand, à propos de la situation économique, des infrastructures…

Stéphane Dion · May 27, 2026

Photo d'entrevue : deux hommes en discussion dans un bureau

Le rédacteur en chef du magazine Espace Québec, Stéphane Dion, s’est entretenu en mai dernier avec le maire de Québec, Bruno Marchand, à propos de la situation économique, des infrastructures municipales, des logements, de l’immigration et de la mobilité durable. Avec optimisme, mais réalisme, le maire nous fait part de sa vision.

Espace Québec : Quelles sont vos premières impressions quant à la nouvelle première ministre du Québec, madame Christine Fréchette?

Bruno Marchand : Je suis très confiant. Son style de leadership amène une volonté de collaboration avec les villes, dans une perspective de compréhension et de collaboration pour arriver à des résultats. Il est beaucoup plus facile de construire quelque chose de collectif si on est dans un mode de dialogues et de discussions que si on est dans un monde parallèle. C’est ce que Mme Fréchette amène au municipal. Le ton, mais aussi la façon de travailler, promet d’être très intéressant.

Espace Québec : À Québec, comment se traduit le ralentissement économique?

Bruno Marchand : Québec vit sous une bulle parce qu’économiquement, elle est présentement a contrario du reste du Québec et du Canada. Certes, on vit les conséquences mondiales des guerres, des problèmes de chaînes d’approvisionnement, de l’inflation, mais on compense mieux qu’ailleurs parce qu’on a une combinaison d’investissements publics solides et importants et des investissements privés. Cette situation fait en sorte que nos chiffres sont bons, notre taux d’emploi est 7 points plus élevé que Toronto et notre chômage 6 points moins élevé que Toronto. Ces conditions nous permettent de nous protéger un peu des soubresauts de l’économie mondiale.

Espace Québec : Au chapitre des infrastructures municipales, quels sont les besoins de la Ville, sa capacité à les financer et son plan pour combler le déficit d'entretien?

Bruno Marchand : Notre plan est de rejeter le modèle d’une société qui s’est construite vite, tout en même temps, et pour laquelle on n’a pas prévu de mettre de côté de l’argent pour la rénover. On ne devrait plus construire une infrastructure aujourd’hui sans se demander combien on va prévoir annuellement pour faire en sorte que dans 5, 10, 15 ans on aura ce qu’il faut pour la rénover, sans devoir amputer sur les budgets de fonctionnement. Historiquement, on a vécu au Québec avec une certaine pensée magique, une mentalité de construire sans prévoir la suite.

La situation avec les condos est un autre bon exemple de cette mentalité. La loi sur le fonds de prévoyance a changé et a mis tout le monde dans une situation inconfortable, tout ça parce qu’on pelletait en avant pour ne pas payer des frais de condos. Les gens se disaient « si je veux vendre dans deux ans, ça sera de l’argent perdu ». Penser de cette façon, c’est une forme de déresponsabilisation. Trop de propriétaires de condos se retrouvent maintenant avec une incapacité de payer l’entretien et des sommes énormes en déficit pour se conformer à la Loi 16.

À Québec, on a mis en place une réserve climatique pour rénover nos infrastructures parce qu’elles sont sous pression. On doit prévoir une réserve dédiée, dans une vision d’avenir, un horizon de 30-40 ans. Pour le tramway, on met 15 millions $ de plus par année dans notre budget de fonctionnement. Ça va nous mener à plus d’un milliard $ en 2034 pour nous permettre de payer sa rénovation. Dès l’année 1 du tramway, on devrait être en mesure de dire combien ça va nous coûter dans 10 ans, 20 ans, 40 ans pour l’entretenir et où on prendra cet argent-là. On établit quelle sera la part en réserve, quelles sera la part des utilisateurs et celle des gouvernements.

Évidemment, mettre de l’argent en réserve pour accumuler des sommes pour l’avenir n’est pas très populaire politiquement, mais c’est gagnant pour la communauté. On devrait faire ça pour chaque infrastructure.

On réfléchit aussi à comment on va corriger l’erreur qui nous a mené à un déficit de maintien des infrastructures. À Québec, ce déficit est moins gros qu’avant, on a un bon bilan de gestion des actifs, on a un bureau dédié, comme le recommande l’Ordre des ingénieurs. Le bilan est solide, il donne l’état de situation : environ 80 % de nos infrastructures sont en bon état. Le déficit de maintien sur 10 ans nécessite 5,5 milliards $ d’investissement. Le problème, c’est qu’on ne peut pas le faire actuellement à même nos budgets de fonctionnement. Aujourd’hui, être un politicien qui prévoit corriger un problème qui n’en est pas un présentement, c’est tout un défi! On essaie de convaincre les gens de la nécessité d’agir en amont pour prévoir l’argent pour l’entretien plutôt que d’attendre de vivre le problème et d’intervenir quand rien de ne va plus et que tout le monde s’en plaint.

C’est exactement cette situation que l’on vit avec le tramway. On vient corriger un problème qui sera considérable dans quelques années, mais qui n’est pas si grave actuellement. Les gens disent qu’il n’y a pas de problème, sans considérer qu’on aura 200 000 personnes de plus dans la ville d’ici quelques années.

Espace Québec : Quels sont les impacts des décisions gouvernementales en matière d’immigration?

Bruno Marchand : C’est bien dommage de voir qu’on a perdu du monde bien intégré qui parle français, qui travaille. Mais on ne peut pas traiter Québec comme on traite d’autres régions, ça prend de l’asymétrie. Si on ferme les vannes au niveau de l’immigration, pour Québec, c’est inquiétant. On a besoin de 13 000 personnes par année pour soutenir notre économie. On a des besoins, on a la réalité à gérer et on a de l’attraction. Si on a des contraintes, on va avoir un problème.

Espace Québec : Que pensez-vous de l’ouverture du nouveau gouvernement quant à l’immigration?

Bruno Marchand : Moi, j’adhère à la théorie de l’abondance des travailleurs immigrants qui va venir répondre aux besoins de main-d’œuvre. Je pense que la prochaine campagne électorale sera compliquée. Il est facile de se faire du capital politique sur la cause identitaire et la peur des étrangers, mais c’est une erreur.

Toutes les régions du Québec ne sont pas au même niveau en termes de manque de main-d’œuvre. Il y a plusieurs régions qui ont de grands besoins, dont Québec. Toute notre stratégie à Québec est bâtie en fonction de nos besoins économiques, de notre capacité d’attraction, c’est pour ça qu’on va bâtir 100 000 logements d’ici 2040. Le privé répond présent, je suis confiant qu’on va atteindre nos objectifs grâce au projet de Loi 31, il nous fait sauver huit mois de procédures administratives, on est l’une des villes qui a le plus utilisé ces mesures.

Espace Québec : Comment avoir plus de logements abordables dans un contexte de coûts de construction à la hausse?

Bruno Marchand : À l’heure actuelle, le secteur privé ne peut plus soutenir la construction de logements abordables en raison des coûts de construction. On n’a jamais construit autant de logements sociaux et abordables que dans les quatre dernières années, mais ce n’est pas assez. Il faudrait au moins doubler ce qu’on fait.

Espace Québec : Sentez-vous un ralentissement dans les demandes de permis résidentiels? Est-ce que les investissements publics ralentissent à Québec?

Bruno Marchand : En matière d’accès à la propriété, on a promis 5 000 nouvelles unités familiales et on y arrivera. À preuve, la valeur des permis délivrés au premier trimestre de 2026 est la plus importante des cinq dernières années. Il demeure toutefois un enjeu : c’est la fiscalité municipale. Desservir les quartiers périphériques en eau exige un investissement pour lequel il n’y aura pas de rentabilité avant 30-35 ans. Une ville ne peut plus soutenir ça à elle seule, ça coûte une fortune.

Espace Québec : Pour le PUM, quelles sont vos grandes ambitions?

Bruno Marchand : Le PUM est un outil de prévisibilité jusqu’à 2050. Il prévoit notamment que les axes structurants seront densifiés.

On est en train de transformer notre mobilité avec un tramway et un TGV. Le tramway phase 1 sera livré en 2033 et les prochaines phases visent entre autres à rejoindre Lebourgneuf. La région de Québec va être phénoménalement bien desservie! The Gardian publiait récemment que les villes d’Amérique du Nord étaient le « Tiers-monde » du déplacement au monde, il faut que ça change et à Québec, on s’y attelle.

En ce qui a trait au projet de troisième lien, ça va dépendre d’où il sera. S’il favorise l’étalement urbain, ce n’est pas bon, s’il favorise la mobilité urbaine, c’est autre chose. Dans tous les cas, on va laisser le gouvernement faire son travail et on étudiera le projet lorsqu’il sera présenté.

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