Rencontre avec le maire de Québec, monsieur Bruno Marchand
Espace Québec a rencontré le Maire Marchand alors qu’il entame son mandat à la tête de la Ville de Québec afin de discuter des défis et des enjeux sur lesquels il compte agir en priorité.
Stéphane Dion et Anne-Marie Gagnon · December 15, 2021

Espace Québec a rencontré le Maire Marchand alors qu’il entame son mandat à la tête de la Ville de Québec afin de discuter des défis et des enjeux sur lesquels il compte agir en priorité. Nous avons eu le plaisir de découvrir un homme rassembleur, visionnaire et à l’écoute ; un dirigeant qui souhaite mettre le citoyen au centre de ses décisions. Il nous a partagé son désir de faire exploser les façons de faire, de sortir du cadre pour instaurer un dialogue et une cohésion entre les différents acteurs. Il nous a livré sa vision des enjeux d’environnement, de transport, de densification et de la relation qu’il souhaite bâtir avec son vis-à-vis de Lévis.
Espace Québec : D’emblée, j’aimerais savoir quels sont les dossiers que vous prioriserez dans les premiers temps de votre mandat à la tête de la ville de Québec.
M. Bruno Marchand : La première source d’influence, ça va être l’environnement et comment on peut arriver à travailler en alliance. Le développement de Québec doit se faire par une réduction considérable de notre empreinte carbone. Il fut un temps où les questions d’environnement étaient réservées aux écologistes, mais cette époque est révolue.
Des événements catastrophiques se produisent autour de nous. On doit cesser de penser qu’on sera épargnés ou que les impacts nous concernant n’auront pas d’effets. Si on ne travaille pas à réduire les effets des changements climatiques, on va tous y perdre.
Les élus, les écologistes, les promoteurs et les citoyens, tous doivent travailler en alliance et porter des valeurs vertes si on veut arriver à destination dans les temps en atteignant nos objectifs de lutte aux changements climatiques.
Espace Québec : Vous mentionnez vouloir faire de Québec un leader en développement durable. On le sait, les bâtiments et les transports constituent les principales sources d’émission de GES. Comment peut-on mieux organiser la croissance dans ce contexte ? À votre avis comment peut-on densifier intelligemment ?
M. Bruno Marchand : La pandémie a modifié les besoins des citoyens concernant leurs quartiers ; on souhaite retrouver davantage de services de proximité. On doit faciliter les rencontres entre les gens. La relation se crée par la rencontre et la rencontre, elle, se crée par le lieu.
Les quartiers doivent évoluer afin d’être désenclavés tout en gardant une trame commerciale distinctive. En ce moment, tout est pensé pour l’individualisation et l’individualisation mène à une surutilisation des ressources. Il nous faut revoir nos façons de penser pour sortir de nos habitudes de mono-utilisation.
La destruction des boisés au profit de nouveaux développements urbains, doit cesser. De cette façon le développement se fera de manière à densifier les endroits existants souvent sous-utilisés, en misant sur un développement en hauteur. Il nous faut construire la ville sur la ville.
Les centres commerciaux offrent plusieurs avantages en ce sens, il s’agit d’une capitalisation intéressante alors que leur situation est souvent difficile, parfois en déclin.
On doit miser sur l’acceptabilité sociale des projets. Pour obtenir un maximum d’adhésion de la part des citoyens, il nous faut être prévisible, avoir un contrat moral qu’on respecte. À partir du moment où l'on respecte ce contrat, les citoyens vont également l’accepter et le respecter puisqu’ils se sentiront partie prenante de la réflexion.
Espace Québec : La mobilité et le transport ont été au cœur de la campagne électorale. Vous avez d’ailleurs pris un certain nombre d’engagements à cet effet, pouvez-vous nous en parler davantage ?
M. Bruno Marchand : Le problème du transport vient principalement du cloisonnement qui le caractérise ; soit on utilise la voiture, soit on utilise le transport en commun ! On doit intégrer l’ensemble des modes de transport disponibles pour un individu afin de rendre son déplacement facile et adapté à sa réalité qui varie en fonction des endroits et des raisons du déplacement. On doit mettre en place un service intégré de transport qui regroupe l’ensemble des options qui existent et celles qui s’ajouteront : vélo électrique, location de voiture, tramway, marche, métrobus, etc. Le citoyen doit avoir l’ensemble des possibilités qui s’offrent à lui en fonction de l’endroit où il doit se rendre.
Espace Québec : C’est inévitable, il nous faut parler du tramway. Vous semblez vous montrer favorable au projet en y apportant un certain nombre de modifications, alors que votre avis sur le 3e lien semble plus mitigé. Comment entrevoyez-vous les négociations avec le gouvernement du Québec pour le réaménagement du tramway dans un contexte où le gouvernement Legault a fait du tunnel autoroutier une promesse phare ?
M. Bruno Marchand : C’est important de garder à l’esprit que le tramway n’est pas la solution à tous les problèmes liés au transport dans la ville de Québec. Il fait partie de la solution, mais doit s’insérer dans une offre plus globale de mobilité intégrée.
Nous avons entamé le dialogue avec le gouvernement du Québec concernant les projets majeurs liés au transport soit le tramway et le tunnel Québec-Lévis. Bien que le tunnel soit un projet du gouvernement provincial, je n’ai jamais senti une tractation entre l’un et l’autre des deux projets. Nous leur avons fait part des dix améliorations que nous souhaitons mettre de l’avant dans le développement du tramway pour lesquelles nous avons senti une ouverture.
En ce qui concerne le tunnel Québec-Lévis, on doit d’abord faire un état des lieux. J’attends des données et des informations, autant sur l’impact environnemental que sur l’étalement urbain, avant de me positionner.
Espace Québec : Vous avez mentionné récemment qu’il fallait arrêter de développer Québec et Lévis dos au fleuve. Cela semblait une main tendue vers le maire Gilles Lehouillier, est-ce le cas ?
M. Bruno Marchand : Il y a des choses qui peuvent faciliter la vie des citoyens et qui ne doivent pas être administrativement leur problème. Il faut penser de façon collective, à tous les niveaux ; ce qui est bon pour la collectivité l’est aussi pour l’individu. C’est de cette manière que j’aborde ma relation avec Monsieur Lehouillier, et que s’est déroulée notre première rencontre. Nous souhaitons harmoniser les offres de services en transport et la mobilité interrives pour les citoyens de Québec et de Lévis qui ont à se déplacer de chaque côté du fleuve.
Je souhaite d’ailleurs bâtir des relations de collaboration autant avec les différents paliers de gouvernements qu’avec les citoyens et les gens de l’industrie. Il faut garder en tête de mettre le citoyen au centre de nos décisions, ce qui suppose de dépasser nos égaux d’organisation.
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